“On a voulu faire du tout AOC mais certaines ont été des erreurs de casting, simplement parce que ce n’était pas dans leur logique économique. Cette segmentation qui vient d’être adoptée par le Comité national distingue les vins de rêve, les AOC, dont la logique économique reste traditionnelle, et les vins plaisir, faciles à boire, les AO. Ce n’est pas ma réforme, c’est une analyse basée sur les données du marché. Du confort du producteur, on doit se tourner désormais vers le confort du consommateur, en clarifiant notre offre.” Le 9 juin dernier, René Renou défendait en ces termes la réforme des AOC pour laquelle il se battait avec détermination depuis sa première nomination à la tête du comité vins de l’Inao en 2000. Reconduit dans ses fonctions en mars, il venait de voir les membres du comité adopter à une forte majorité son projet de segmentation dont il avait lancé les grandes lignes il y a deux ans.
Dix jours plus tard, il s’éteignait dans son sommeil, lors d’un déplacement à Séoul où il s’apprêtait à promouvoir à nouveau les appellations d’origine françaises dans le cadre d’une conférence sur la culture alimentaire comparée France/Corée organisée par la Sopexa. A tout juste 54 ans, il venait de lutter avec courage contre une grave maladie.
Producteur à Bonnezeaux, une petite appellation angevine de vins liquoreux réputés, René Renou avait d’abord été président du syndicat de Bonnezeaux et de la Fédération viticole de l’Anjou avant d’accéder au Comité vins de l’Inao puis d’être nommé à sa présidence en mars 2000. Une fonction qu’il marquera de sa personnalité et de ses convictions. Car René Renou était loin de laisser indifférent. “Fort en gueule” selon les uns, agitateur d’idées pour d’autres, le président du comité des vins ne maniait pas la langue de bois et mettait toute
sa fougue à défendre la qualité et à appeler à une réforme profonde des AOC, indispensable selon lui à la sauvegarde du système français d’appellations d’origine. Quitte à faire des déclarations fracassantes, qui en ont hérissé plus d’un dans le monde viticole, comme cette fameuse phrase extraite d’une interview au journal Le Monde l’année dernière où il disait que la viticulture française était composée de “30% de bons, 50% de gentils et 20% de voyous qu’il faut exclure”.
“René, je salue en connaisseur ton anti-conformisme : nous nous sommes tant côtoyés à la tribune”, déclare sur son blog Jacques Berthomeau, qui lui aussi, dans son rapport Cap 2010, avait lancé des idées nouvelles sur l’offre des vins français. Dominique Bussereau a salué pour sa part l’”homme de conviction”, dont “l’énergie et le courage, malgré la maladie, étaient au service des idées qu’il défendait pour la valorisation des vins d’appellation”. Les vignerons de l’association Sève avaient rencontré René Renou pour une réunion de travail à l’Inao quelques jours avant sa mort. Pour ces producteurs défenseurs d’une refondation de la démarche d’AOC dans le sens de “l’exigence” et de “l’éthique”, sa disparition “met les vignerons encore davantage devant leurs responsabilités”. “Nous voulons que ses projets se réalisent, que son éthique l’emporte”, écrit l’association.
René Renou savait que la segmentation des AOC devait encore “passer dans les campagnes” et que des “levées de boucliers” se produiraient. Qui dorénavant pilotera le comité national des vins ? Qui portera la réforme qu’il a commencé à bâtir, alors qu’au 1er janvier 2007 doit se faire la mise en place officielle de l'Institut national de l'origine et de la qualité et que la réforme de l’OCM s’oriente vers des vins sous IGP (indication géographique protégée) et des vins sous AOP (appellation d’origine protégée) ? Le ministre de l’Agriculture doit nommer un successeur à René Renou dans les prochaines semaines. Pour le moment, Michel Bronzo, vice-président, producteur à Bandol, pourrait prendre l’interim.


