La traçabilité impose au producteur d’être en mesure d’identifier tous ses fournisseurs ou toute substance destinée à être incorporée au produit afin de remonter facilement à la source en cas de problème. Concrètement, en matière de vin, il s’agit donc d’enregistrer tous les mouvements et les traitements œnologiques. Mais faut-il aller jusqu’à noter les quantités et les numéros de lot des différents intrants ? Le texte de la directive s’avère lacunaire : “Le règlement ne précise rien, tout est sujet à discussion, déplore Christelle Jacquemot, chargée des affaires juridiques aux Vignerons indépendants. Nous travaillons avec d’autres organisations professionnelles pour obtenir une délimitation précise de la réglementation”. La DGCCRF s’avoue elle aussi “en manque d’éclaircissements sur ce que cela va impliquer exactement.” La Commission européenne devrait apporter des précisions au cours du premier trimestre. “En attendant, nous avons demandé aux Fraudes une certaine souplesse quant à l’application de cette directive, poursuit Christelle Jacquemot. Nous souhaitons également, avec l’Inao, l’Onivins et la DGCCRF, lister tous les textes existants afin de savoir ce qu’il faut faire en plus aujourd’hui avec la nouvelle réglementation européenne.”
La nouvelle directive n’implique pas en effet en soi de véritable révolution. Les réglementations existantes vont déjà dans le sens de la traçabilité : engagement parcellaire pour certaines AOC, interdiction de mélanges de raisins de différentes AOC ou de raisins AOC et vin de pays ou vin de table... Sans compter la traçabilité “commerciale” dans laquelle se sont engagées nombre de coopératives ou de négociants, avec des démarches qualité type HACCP (système des points de contrôle critique pour l'analyse des risques, obligatoire) ou des normes Iso 9002 ou 9001. La norme ISO 9001 implique l’enregistrement de tous les traitements et travaux dans les vignes, l’identification des moûts de chaque producteur et des produits œnologiques, le relevé de tous les intrants et des mouvements etc. Des contraintes que les coopératives et les négociants ont acceptées, souvent à la demande de la grande distribution ou de clients étrangers.
Quant aux vignerons, nombreux sont ceux qui se sont également penchés sur la question, avant même l’entrée en vigueur du règlement CE178/2002. Les adhérents de la fédération Terra Vitis (viticulture raisonnée) doivent par exemple tenir notamment un carnet de suivi œnologique. Paul Perras, viticulteur dans le Beaujolais, s’y plie depuis deux ans : “dès la rentrée de la vendange, je note les opérations de pressurage, puis de vinification et d’assemblage, les ajouts de sucre ou de SO2 avec les quantités et les numéros de lot. J’ai identifié toutes mes procédures, et cela concerne aussi le travail du vignoble et le suivi parcellaire ainsi que le nettoyage de la cuverie. J’ai préféré anticiper plutôt que d’attendre les règlements. Tous ces protocoles volontaires permettent de se remettre en cause, de se poser des questions sur ce que l’on fait par habitude, de redéfinir des pratiques ou des doses d’intrants dans un cadre plus environnemental.”
Au-delà de l’obligation réglementaire de pouvoir retirer du marché des bouteilles à risque, la traçabilité constitue un moyen d’optimiser la production et d’améliorer la qualité, et ce dès le vignoble avec le suivi des traitements phytosanitaires. Si pour le moment la réglementation ne l’impose pas à partir de ce stade, elle pourrait évoluer à l’avenir avec le règlement CE 852/2004 sur l’hygiène des denrées alimentaires qui préconise la mise en place de “bonnes pratiques” et la généralisation des principes HACCP.