Les chercheurs de l'Inra, avec l'appui d'experts et des études disponibles(*), ont d’abord défini plusieurs niveaux de stratégies de protection : quatre ont été déclinés pour la vigne (►voir tableau).
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Niveau
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Stratégie de protection
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Alternatives techniques disponibles
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N0
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Pas de limitation du recours aux produits phytosanitaires
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traitements chimiques systématiques
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N1
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protection raisonnée
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se base sur des avertissements agricoles, observations de symptômes au champ, prévisions météo, modèles épidémiologiques
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N2
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protection intégrée
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utilisation de méthodes alternatives aux produits phytosanitaires contre les adventices, les insectes-acariens ou agents pathogènes, comme la confusion sexuelle, le zéro herbicide grâce à l’enherbement ou au travail du sol, la lutte biologique avec Bacillus thuringiensis contre les insectes
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N3
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Agriculture biologique
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cahier des charges de l’agriculture biologique.
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L'évaluation des performances de chacun de ces niveaux, pour l’année 2006 a ensuite été réalisée. Au niveau national, il ressort que la vigne pèse pour 3,3% de la Sau et pour 14,4% dans la consommation de produits phytosanitaires. Les niveaux 2 (protection intégrée) et 3 (agriculture biologique), qui permettent la plus forte réduction de recours aux produits phytosanitaires (►voir tableau 2), sont aussi les pratiques les moins représentées sur le territoire : 77,4% des parcelles sont en N1, 13,4% en N0, 7,3% en N2 et 1,9% en N3. La protection raisonnée domine donc largement en 2006.
Tableau 2: intensité de recours aux produits phytosanitaires pour la viticulture selon les niveaux de pratiques de protection phytosanitaire
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intitulé
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Ift* herbicide
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Ift* fongicides
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N0
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Traitement chimique systématique
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1,3
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18,1
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N1
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Protection raisonnée
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1,2
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10,1
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N2
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Protection intégrée
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0
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7,3
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N3
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Agriculture biologique
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0
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7,6
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* Ift = Indicateur de fréquence de traitement = nombre d’équivalents traitements annuels appliqués sur la culture
Les chercheurs ont aussi mis en avant que les charges de désherbage chimique et de travail du sol sont du même ordre de grandeur dans les niveaux 1 et 2, alors que l’entretien du sol est basé quasi-exclusivement sur le travail du sol dans les niveaux 2 et 3. Il y a donc un « transfert » de charges des phytosanitaires aux niveaux 0 et 1 vers le travail du sol aux niveaux 2 et 3.
Quand on regarde cet ‘indicateur de fréquence de traitement’ (Ift) de plus près au niveau des régions, celui-ci est très disparate. Les régions les moins consommatrices de produits phytosanitaires en 2006 sont la Bourgogne (72% des surfaces en N1, 21% en N2, 3% en N3), le Centre (74% en N1, 14% en N2, 7% en N3) et la Provence (75% en N1, 17% en N2 et 3% en N3). Le deuxième « groupe » contient des régions dans lesquelles les niveaux 2 et 3 sont « moyennement » représentés : Alsace, Bordelais, Languedoc-Roussillon. Enfin, dernier groupe dans lequel les N2 et N3 sont peu représentés : Charentes, Beaujolais, Pays de Loire et Champagne (39% des surfaces en N0, 60% en N1, 1% en N2, 0% en N3). Parmi les facteurs influant sur ce taux et relevé par les chercheurs, « les exigences fortes sur la qualité des vins et qui impliquent une faible prise de risque ».
La variabilité est donc forte entre les régions, mais elle l’est aussi au sein de chaque niveau à l’intérieur même d’une région (►voir graphique 1), d’où la conclusion pour les chercheurs qu’ « une marge de manœuvre quantitative forte existe pour la réduction de l’Ift, simplement par la réduction du nombre de traitements, la surface traitée, ou la dose appliquée, sans changer la nature des produits utilisés ». L’existence dans la plupart des régions viticoles d’une population non négligeable de parcelles de niveaux 2 et 3 leur fait également dire « qu’il existe une marge de manœuvre qualitative, qui consiste à abandonner totalement certains types de produits phytosanitaires comme les herbicides ou les insecticides ». La baisse de l’Ift pourrait aussi passer par une diminution du nombre de traitements fongicides. « En protection intégrée, l’appel à des interventions à caractère prophylactique et visant à réduire le développement végétatif de la vigne ». Autre exemple : si on passait d’une gestion des interventions phytosanitaires homogène sur l’exploitation agricole à une gestion adaptée à l’état sanitaire de chaque parcelle, l’Ift pourrait être diminué de 14% à 65% selon les années dans le niveau 1, et jusqu’à 43% dans le niveau 2.
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33% de phytos en moins, 24% de rendement en moins
Les chercheurs ont ensuite élaboré des scénarios de passage de l’ensemble des surfaces viticoles à certains niveaux : selon leurs calculs, la généralisation des niveaux 1 (production raisonnée), 2 (production intégrée) et 3 (production biologique) permettrait de diminuer l’Ift respectivement de 6%, 33% et 26%.
Le passage de N0 à N1 abaisserait l’Ift moyen de 9% en Champagne et de 7% en Provence où l’Ift est déjà bas. Au niveau national, ce scenario permettrait d’abaisser l’Ift de 6%, « sans effet sur le rendement moyen et permettant une réduction des charges de protection phytosanitaire et d’entretien du sol de 5% ».
Le passage des niveaux N0 et N1 à N2 traduirait l’abandon total des insecticides et/ou des herbicides avec le raisonnement des fongicides dans toutes les parcelles. L’ift moyen national serait abaissé de 33%. La perte de rendement serait de 24% en moyenne et la baisse des charges de 12% au niveau national. « Les pertes de rendement nécessiteraient probablement une meilleure rémunération des produits pour atteindre l’équilibre économique ». Elle impliquerait aussi la « mobilisation de nombreuses pratiques à caractère prophylactique, une évolution des équipements, un recours plus intensif à la main d’œuvre, des besoins en formation et d’information dont le coût est difficile à évaluer ».
De nombreuses questions sont encore à étudier, concluent les chercheurs, comme les modalités de transition technique, organisationnelle et économique d’un niveau à l’autre, la conséquence sur l’offre nationale vin et l’adéquation avec la demande des marchés, l’acceptabilité des innovations techniques, etc. L’impact d’un changement de niveau à l’autre sur les marges brutes n’a par ailleurs pas pu être estimé, « car les prix des vins ont une forte variabilité et la main d’œuvre difficile à estimer par manque de données ».