Observatoire Vigne et Vin

Traitement écologique des effluents - « L’assainissement devient un argument commercial »

( Publié le 24/05/2007 à 09h13 )
Une bambousaie pour station d’assainissement, voilà le concept Phytorem. Dispositif technique, entretien, surfaces nécessaires,.. Réponses de Alain Weill, directeur du développement.

Nathalie Petit (NP) : Vous présentez cette méthode "Bambou assainissement" comme s’inscrivant parfaitement dans le développement durable, pourquoi ?
Alain Weill (AW), directeur du développement de la société Phytorem : Seule la technique du bambou assainissement n’est pas génératrice de déchets, ni de boues. Les effluents viticoles contiennent des métaux lourds, le cuivre par exemple, qui rend impossible l’épandage des boues d’épuration. Même la technique de méthanisation, qui est intéressante, est peu utilisable en viticulture à cause de la présence de ces métaux lourds. Il faudra prévoir un traitement ultérieur pour ces substances. L’assainissement par le bambou concentre l’ensemble des polluants dans le chaume, qui est non seulement exporté par une simple coupe mais valorisé dans la filière pour l’ameublement, la décoration. Ses qualités mécaniques sont 3 à 5 fois supérieures à celles du chêne.
De plus, la plantation constitue une biomasse considérable, 30% supérieure à celle fournie par une chênaie de même superficie. Dans un contexte d’apparition très prochaine d’un impôt carbone, cette biomasse pourra être utilisée pour équilibrer le bilan carbone d’une exploitation.


Le bambou présente la propriété de stocker les métaux lourds dans ce qui est l’équivalent du tronc : à savoir le chaume. Quand aux éléments organiques présents dans les effluents, ils sont métabolisés par la plante. (© Phytorem)

NP : Est-ce que vous pouvez décrire le dispositif technique mis en place par le bambou assainissement ?
AW : En fonction du climat, de la qualité de la terre et des emplacements disponibles, on va déterminer les espèces de bambou. En plus des effluents directement vinicoles, très souvent, dans les caves viticoles, nous traitons aussi les eaux usées de l’habitation, et ce n’est pas la peine d’avoir deux circuits d’évacuation. Les eaux venant de l’habitation étant chargées en matières en suspension, elles passeront au préalable dans une fosse sceptique. Les effluents  associés sont orientés vers un simple bac de dégrillage (pré traitement) pour ramener leur taille à 130 microns. Généralement, on peut aussi placer une cuve pour assurer un stockage tampon de quelques milliers de litres.
C’est ensuite une pompe de surpression qui va envoyer les effluents dans la bambousaie selon des horaires très déterminés, deux ou trois fois par jour, dans un réseau de distribution d’une très haute technologie. Il fait appel à un système de goutteurs qui déversent 3,5 litres à l’heure de manière très précise, une quantité rigoureusement identique du premier au dernier goutte à goutte de la plantation. Le seul bétonnage dans le système est requis pour la pompe de relevage, tout le reste fait appel à des travaux agricoles.

NP : Ces plantations de bambou nécessitent de jouir de certaines surfaces disponibles, n’est-ce pas le facteur limitant de cette méthode d’assainissement ?
AW : Nous avons élaboré un ratio déterminant la surface nécessaire à partir du volume de vin produit par la cave. Il est de 0,5 m2 par hl produit. Ainsi, en moyenne, sur les caves que nous avons équipées, la surface nécessaire se limite à 3 000m2. Pour une cave coopérative qui produirait 80 000 hl, une superficie de 1 à 1,5 ha suffit. Cette relative limitation des surfaces est rendue possible par les capacités du bambou lui-même, qui sont parfaitement bien adaptées à la nature très concentrée des effluents vinicoles. Le facteur limitant pour le bambou n’est pas tant la quantité de polluants qu’on va lui soumettre mais plutôt la quantité d’eau qu’on va lui déverser. Moins il y a d’élément hydrique et mieux le système fonctionne. En outre, nous travaillons avec bambous géants qui atteignent sous nos latitudes jusqu’à 18m de hauteur.
Par ailleus, cette question des surfaces se résout d’autant plus facilement que nous avons une souplesse dans l’implantation, qui n’est pas contrainte à une forme rectangulaire. On peut avoir plusieurs espaces distants adaptés à la surface dont on dispose. En fonction de la volonté du client, on peut également jouer avec les espèces de bambous pour obtenir un effet esthétique et paysager. On ne plantera pas les mêmes espèces dans les espaces qui peuvent servir de visite. On peut aussi planter en gradation d’altitude en 1ère, 2ième ou 3ième ligne en fonction du coup d’œil paysager et esthétique que l’on souhaite obtenir. Le bambou offre cette possibilité d'offrir une qualité esthétique et paysagère.


NP : Cette solution écologique ne peut-elle pas devenir un argument commercial en viticulture ?
AW :
Tout à fait. Et nous avons été les premiers étonnés. Notre premier client, le domaine de La Lauzade en Provence, était tellement enchanté et fier qu’il se sert du bambou assainissement comme d’un argument commercial qu’il a fait inscrire sur sa contre étiquette. Il a choisi de mettre commercialement en évidence sa technique d’assainissement totalement écologique. Pour nos clients, le bambou apparaît d’abord comme une évidence écologique. Mais c’est aussi un espace vert qui peut se visiter. Et les viticulteurs que nous avons équipés emmènent leurs clients sur leurs plantations de bambous en leur proposant de se promener dans la station d’assainissement.


Fin 2007, 25 installation d’assainissement auront été réalisées en viticulture. Le premier client, le domaine de La Lauzade n’a pas hésité à communiquer sur sa contre étiquette : « Soucieux de protéger son environnement, le domaine de La Lauzade est la première cave française à avoir mis en service le procédé « bambou assainissement » pour le traitement des effluents vinicoles. C’est une technologie d’épuration écologique et durable : 1400m2 de bambous traitent les résidus organiques. Une coupe annuelle recycle les chaumes vers une filière décoration » (© Phytorem)

NP : Quel entretien cette technique d’assainissement nécessite-t-elle ?
AW :
Il consiste simplement au marquage des jeunes bambous avec un pot de peinture, une couleur par année. En effet, chaque année, nous allons couper les bambous âgés de 5 ans et Phytorem s’engage à reprendre gratuitement les bois coupés. En viticulture, cela ne représente pas des tonnages importants, 1 ou 2 tonnes tous les ans.
Cet entretien est lié au mode de croissance du bambou. Tous les ans, une nouvelle pousse appelée turion apparaît en juillet et atteint sa taille maximale en un mois, qui sera la première année supérieure de 30 à 40 cm à la taille des pousses précédentes et ainsi de suite. En année 4 ou 5, le bambou aura atteint sa taille et son diamètre maximums. Mais au bout de 5 ans, il commence à se lignifier, et sa capacité d’exporter les effluents va baisser avant de devenir nulle cinq ans plus tard.

NP : Faut il un délai d’attente entre le moment de la plantation et la possibilité d’utiliser effectivement la station d’assainissement ?
AW :
Le terrain est prêt immédiatement à recevoir la pollution. Dès l’instant où la plantation est effectuée, le seul délai est celui de tourner le robinet pour déverser les effluents. Car le terrain qui a été préparé est déjà en lui-même un dépollueur et va servir le temps nécessaire, à assurer la fourniture en éléments nutritifs du bambou et assurer l’assainissement le temps que le bambou prenne de l’âge.

 

Source : Viti-net
Auteur : Nathalie Petit
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