La variabilité spatiale des sols est un phénomène largement répandu dans beaucoup de parcelles viticoles. Connaître et cartographier ces variabilités pourrait s’avérer très utile dans la conduite du vignoble. C’est le principe de la viticulture de précision : attribuer à chaque endroit de la parcelle l’itinéraire technique qui lui est le plus adapté. Utopie ou réalité ?
« A l’heure actuelle, la viticulture de précision n’en est qu’au stade embryonnaire, nous n’avons pour le moment aucune offre à proposer à nos clients mais nous travaillons sur différents projets » affirme Benjamin Borel, assistant marketing chez Pellenc. L’idée serait d’identifier précisément les différentes caractéristiques des parcelles mais surtout les variabilités qui peuvent exister au sein de chacune d’entre elles. Il serait alors possible d’adapter à chaque zone l’itinéraire technique qui lui conviendrait le mieux. Si à un endroit de la parcelle, les vignes sont plus sensibles aux attaques de mildiou, on pourrait alors traiter davantage cet endroit, sans augmenter les doses sur le reste de la parcelle.
Cette technique nécessite dans un premier temps la cartographie des parcelles et le « géoréférencement » des zones de variabilité intra parcellaire. Lors des opérations dans les vignes, le tracteur équipé d’un Gps peut ensuite localiser les zones les plus sensibles et y adapter automatiquement les doses de produit à libérer.
La cartographie ne présente pas d'intérêt dans tous les vignobles
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La société Géocarta propose des cartes de résistivité (ci-dessous), en réalisant des mesures de résistivité électrique dont la valeur varie en fonction de plusieurs paramètres physico-chimiques du sol : sa texture, sa porosité, sa teneur en argile et en eau, sa minéralisation…Pour effectuer ces mesures, la société a mis en place un système industriel dénommé "Arp" (automatic resistivity system) (ci-dessus) qui réalise des mesures tous les 10 cm, à trois profondeurs différentes. Les données sont ensuite géoréférencées en temps réel par dGps et permettent de réaliser une carte (© Géocarta)

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Pour le moment, seul le système de cartographie des parcelles est réalisable. Et il se pratique de plus en plus : 1500 ha de vigne ont par exemple déjà été cartographiés par la société Geocarta, (
voir ci-contre), dont la majeure partie est dans le Bordelais. En effet, comme le précise Xavier Cassassolles, Responsable viticulture de cette société, il y a un «
intérêt à cartographier précisément son vignoble, si le parcellaire n’est pas trop morcelé et si les sols présentent une forte hétérogénéité. » Le vignoble Bordelais se prête donc bien à ce type de technologie, contrairement à celui de Bourgogne où les parcelles sont très morcelées et les surfaces plus petites. La cartographie ne présente donc pas un intérêt pour tous les vignobles ! Mais quand c’est le cas, connaître les variabilités spatiales et effectuer un zonage des parcelles en fonction de celles-ci peut s’avérer être très utile pour mieux adapter ses opérations et réduire les différences de rendement.
Mais comment cartographier ses parcelles ? Plusieurs moyens sont possibles : certaines sociétés proposent par exemple de réaliser une cartographie à partir de photos aériennes de basses altitudes. D’autres, plus spécialisées dans les systèmes informatiques, proposent une méthode permettant d’enregistrer les observations faites dans les vignes grâce à un « pocket PC» (évolution d’une maladie dans une zone, stress hydrique plus important à un certain endroit…). Chacune de ces observations est enregistrée informatiquement et localisée avec précision. Le traitement de toutes ces observations permet alors d’identifier différentes zones distinctes dans la parcelle et de les visualiser en créant des cartes: carte pédologique, carte de sensibilité aux maladies, carte de vigueur, carte de rendement, etc. : il y a du choix ! Enfin, Geocarta a choisi, quant à elle, de centrer son travail sur la variabilité spatiale des sols.
La viticulture de précision permettrait d’améliorer l’expression du terroir
En France, où la stratégie est plutôt basée sur la valorisation de vins « uniques », typiques de leurs lieux d’origines, et issus d’un « savoir-faire humain traditionnel », la viticulture de précision pourrait tout à fait trouver sa place. S'appuyant sur la variabilité intra parcellaire, chaque spécificité de la parcelle pourrait en effet être exploitée, afin d'aboutir à l’élaboration de vins spécifiques. L’expression du terroir n’en serait qu’améliorée... Une dernière condition s’impose : avoir à disposition autant de cuves que le nombre de lots issus du parcellaire, car « Il n’y a pas d’intérêt à exploiter les variabilités intra parcellaires qui donneront des raisins différents, si ceux-ci sont tous rassemblés dans une seule et même cuve », souligne Xavier Cassassolles.
N.B : ARP: Automatic Resistivity System
GPS: Global Positioning system
dGPS: Differential Global Positioning System
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