Observatoire Vigne et Vin

Producteurs - Ces vignerons qui font le choix de faire des vins naturels

( Publié le 11/05/2007 à 10h47 )
Ils ne se définissent pas comme des vignerons bios mais comme producteurs de vins naturels, du vignoble à la mise en bouteille. Certains de ces vignerons se sont regroupés dans une association et souhaitent mieux faire connaître leurs spécificités.

Ils sont “d’irréductibles vignerons qui résistent à l’envahisseur industriel qui sévit dans nos vignobles, et dans nos verres”. Les producteurs membres de l’Association des Vins naturels (AVN) se présentent ainsi, non sans un certain humour, sur leur site internet. Tous ont fait le choix de faire des vins “authentiques”, “naturels”, “vivants” : pas de chimie au vignoble, vendanges à la main, pas de levures du commerce, le moins de soufre possible... Une voie qui n’est pas sans difficultés ni sans risques. Ces vignerons ne se définissent pas comme des producteurs biologiques ou biodynamiques. Non qu’ils veulent s’opposer aux uns et aux autres mais ils veulent faire reconnaître les spécificités de leurs vins “naturels” ou “nature” : « Se définir sans faire opposition aux autres, dire ce que l’on fait, pas de secret de fabrication, réservé au concept industriel ! », déclare Marcel Lapierre, vigneron à Villié-Morgon.


Certains distributeurs apprécient ces vins "pointus", jugés plus fins et plus complexes, à même de séduire des connaisseurs. (© Viti-net)

Leur association se présente plutôt comme une “tribu”, dont les buts sont de “communiquer vers l’extérieur, de raconter en toute simplicité les qualités, les vertus et les fragilités des vins naturels” et de favoriser les échanges et les contacts entre vignerons et professionnels de la distribution : échanges d’idées et d’expériences en matière de viticulture et de vinification, aide aux distributeurs pour présenter ces vins particuliers aux consommateurs.

Une trentaine de cavistes et de bars à vins, à Paris et en régions, adhèrent à l’association. Les vins “naturels”, bien qu’encore très confidentiels et plus chers que les autres vins “conventionnels”, ont un marché. Certains distributeurs apprécient ces vins “pointus”, jugés plus fins et plus complexes, à même de séduire des connaisseurs. L’Association des Vins naturels, qui compte même des distributeurs adhérents en Belgique et au Japon, projette de mettre au point des plaquettes d’informations sur les vins naturels pour les mettre à disposition des revendeurs.

Des oiseaux, des coccinelles et des typhlodromes

Faire comprendre aux consommateurs pourquoi leurs vins sont différents : les producteurs qui revendiquent de produire des vins “naturels” ne ménagent pas leur peine en matière de pédagogie. “Le vin est vu par les consommateurs comme un produit naturel. Il s’agit donc de leur expliquer notre différence par rapport aux vins conventionnels mais aussi par rapport aux vins bios, dont la charte Fnivab est à mon sens très laxiste”, explique Valérye Mordelet, installée à Montlouis-sur-Loire, qui souhaiterait un cahier des charges (et une certification par un organisme indépendant) “sévère mais souple en cas de problème, de non-fermentation par exemple”.

Cette jeune viticultrice n’appartient pas à l’AVN mais a fait le choix avec son mari de produire des “vins nature”. “Notre but est de faire des vins avec un fort lien au terroir : taille soignée pour éviter l’entassement foliaire, rognage assez haut, ébourgeonnage, travail mécanique du sol, deux ou trois applications de bouillie bordelaise par an. Nous avons dans nos vignes (cultivées en bio depuis 1998) des coccinelles, des typhlodromes, beaucoup d’oiseaux.”

“Nous sommes des aventuriers”

La vendange est manuelle et par tries successives, avec une sélection parcellaire. Au chai, pas de levures commerciales, pas de chaptalisation : “la fermentation alcoolique se fait naturellement. Cela demande d’être à l’écoute, de goûter souvent, de faire confiance à la nature”. Le sulfitage n’est pas non plus de mise, “car les raisins sont sains. Nous mettons juste un peu de SO2 à la mise en bouteille”. Valérye Mordelet, tout comme son mari, n’est pas issue du milieu agricole ou viticole. Après avoir travaillé dans le culturel pour elle et l’agro-alimentaire pour lui, ils se rencontrent en préparant le BTS Viti œno à Beaune et créent leur domaine , “Les Loges de la Folie” en 2004 (7 ha). “Pour nous travailler ainsi est une évidence. Même si on prend des risques. Nous sommes des aventuriers.” Leurs vins sont commercialisés à 85% en AOC Montlouis. Outre la vente au domaine et en salons, le couple a décroché des marchés avec des cavistes et des restaurants haut de gamme sur Tours, et exporte en Belgique, aux États-Unis et au Japon.

Source : Viti-net
Auteur : Ligérienne de presse
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