Observatoire Vigne et Vin

Lutte contre les ravageurs - De l’intérêt de favoriser une faune auxiliaire au vignoble

( Publié le 09/02/2005 à 09h28 )
La lutte contre les insectes ravageurs peut passer par le développement de la faune auxiliaire, des prédateurs naturels, au moyen de haies et d’enherbement naturel. Un mode de gestion indispensable en vignes bios mais qui suscite aussi un intérêt en culture conventionnelle. Des recherches sont actuellement menées sur le sujet.

A l’heure où les restrictions réglementaires en matière de phytosanitaires sont appelées à se renforcer tandis que le souci de préservation de l’environnement est de plus en plus partagé, la lutte biologique intégrée fait l’objet d’une attention croissante. A sa base, une idée simple : éviter que les insectes ravageurs prolifèrent et se retrouvent sans prédateurs en stimulant leur contrôle naturel par une faune auxiliaire. La vigne est une monoculture et constitue pour un ravageur un terrain idéal, offrant de la nourriture à volonté, une plante améliorée et peu d’ennemis naturels, au contraire d’un écosystème naturel où beaucoup d’organismes coexistent. Favoriser le développement d’une faune auxiliaire de prédateurs naturels est un moyen de rétablir l’équilibre entre les espèces.

Concrètement, le développement d’une faune auxiliaire semble être indissociable de la présence de haies au vignoble. L’Enita de Bordeaux et l’Inra mènent depuis plusieurs années des recherches visant à mieux connaître le rôle des haies dans la stimulation des insectes utiles. “Les haies présentent déjà l’intérêt de prévenir l’érosion, de diminuer le ruissellement des phytos et la dérive aérienne des traitements tout en enrichissant le paysage. Elles peuvent ainsi améliorer le paysage d’une appellation, ce qui est intéressant en matière de tourisme viti-vinicole, explique Maarten Van Helden, entomologiste à l’Inra/Enita. Elles favorisent aussi la biodiversité végétale en apportant plus de phytophages et donc plus d’auxiliaires.”

Des essences localement présentes à l’état sauvage avec une floraison doivent être privilégiées. Sur le domaine de Luchey en appellation Pessac-Léognan, les chercheurs ont testé plusieurs espèces sur leur population en phytophages et en auxiliaires, notamment contre la pyrale, le ver de la grappe ou la cicadelle verte : l’aubépine, le chêne, la bourdaine, le sureau noir, l’orme sont des plantes riches en biodiversité générale. L’érable champêtre, l’aubépine, la ronce ou le tilleul ont aussi été étudiés. Tous ces arbres ont été plantés en 2001/2002 et les premières observations réalisées en 2003. Si on sait déjà que la cicadelle verte peut hiverner sur la ronce, et qu’il vaut donc mieux l’éviter, “il est encore trop tôt pour déterminer quelles espèces sont adaptées aux ravageurs viticoles, souligne Maarten Van Helden. En début de saison, en mai, on observe plus de phytophages. Ensuite les auxiliaires prennent le dessus et partent de la haie car ils n’ont plus rien à manger. Ceux-ci iraient alors sur la vigne pour s’attaquer aux ravageurs viticoles. Or ces ravageurs y sont peu nombreux.”

Pour stimuler et satisfaire les auxiliaires, il est nécessaire d’avoir plus d’insectes au vignoble. Dans ce but, l’enherbement, qui présente en outre l’avantage d’être directement dans le vignoble, offre des résultats intéressants. “Il s’agit là d’un enherbemenent désordonné et naturel : les graminées semées n’offrent pas assez de biodiversité générale, alors que les mauvaises herbes sont bien meilleures, note Maarten Van Helden. Sur notre site d’expérimentation, les populations d’auxiliaires ont progressé au cours de l’année, particulièrement en juillet, ce qui est intéressant dans la lutte contre la cicadelle verte. La biodiversité est particulièrement stimulée par les dicotylédones, des mauvaises herbes à feuilles larges. C’est très prometteur. Le vigneron n’avait plus besoin de traiter depuis plusieurs années.”

Les recherches doivent encore se poursuivre, notamment pour les haies, mais l’effet combiné de celles-ci avec un enherbement naturel paraît déjà fort intéressant.

Saumur-Champigny se lance dans ce domaine

Afin de renforcer la biodiversité pour favoriser l’expression du terroir, l’appellation Saumur-Champigny s’intéresse au rôle de la faune auxiliaire dans la lutte contre les ravageurs et a contacté Maarten Van Helden. Un vaste programme a été lancé avec la chambre d’agriculture. Dans un premier temps, en 2004, un inventaire du paysage existant a été dressé. Cette année, ce sera au tour des ravageurs et des auxiliaires d’être recensés, afin de déterminer l’influence du paysage (haires, bosquets) et de l’enherbement sur la population des uns et des autres. “Nous réfléchissons déjà avec les viticulteurs, les maires et le Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine à la possibilité de faire des aménagements plutôt collectifs, explique le chercheur. Il s’agit de trouver là où c’est à la fois possible et intéressant d’implanter une haie. Les viticulteurs sont très demandeurs. Je pense que l’on obtiendra des résultats d’ici 5 ans.”

Source : Terre-net
Auteur : Ligérienne de Presse / Ingrid Proust
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