Observatoire Vigne et Vin

Baisse des exportations - En cause, l’euro fort, mais pas uniquement

( Publié le 03/05/2010 à 10h00 )
Les Vignerons indépendants de France ont cherché à mesurer si « l’euro fort » avait un impact sur les exportations de vins dans deux des marchés clés français : le Royaume-Uni et les Etats-Unis. L’étude fait ressortir que la valeur de l'euro n'est pas la cause première de la baisse des exportations mais y contribue. La plupart du temps, les variations de parité entre monnaies ne font que « renforcer une tendance baissière déjà installée ».

«La valeur de l’euro a connu des sommets face au dollar courant 2008 mais a rejoint un niveau plus « raisonnable » ces derniers mois, valant actuellement 1,35 US$. Depuis fin 2008, la monnaie européenne a également atteint des records face à la livre sterling (£) avec un taux de change de 1€ pour environ 0,9 £. Face au dollar australien, l’euro valait 2 AUS$, mais a retrouvé un niveau plus bas valant 1,44 AUS€ actuellement. « Les vins australiens ont donc eu entre 2006 et 2008 un avantage compétitif vers les Etats-Unis, avec un dollar valant 30% moins cher que l'euro! », précise Julien Dourgnon, directeur des Vignerons indépendants de France (Vif) (►voir graphique 1).

Dans le même temps, les exportations françaises de vin se sont globalement effondrées. Vers les Etats-Unis, marché en pleine croissance ces dix dernières années, elles ont chuté en volume pour la France mais pas pour l’Italie et l’Espagne. Vers le Royaume-Uni, les exportations sont restées stables en volume malgré la croissance soutenue de ce marché, une croissance qui a donc profité aux pays 'hors zone euro' : « La totalité des trois millions d’hectolitres de croissance sur le marché anglais ont été entièrement captés par les pays hors zone euro », ajoute Julien Dourgnon,


graphique 1 - L'euro face au dollar, depuis sa création en 1999; il vaut actuellement à 1,36$ (© Vif)

Pour vérifier s’il y avait un lien de cause à effet entre la valeur de l’euro et les exportations, le syndicat les a donc mis en parallèle, pour des vins de différentes régions, sur différents pays et sur la période 2000-2009. L’exemple du bordeaux rouge au Royaume-Uni montrent des courbes qui évoluent de manière opposée, mettant en évidence une dépendance entre les deux phénomènes : 'le taux de corrélation statistique', nommé "R2" et égal à 0,76 indique un « bon taux  de corrélation négative ». « Le taux de change de l’euro n’est pas la cause de la chute des exportations mais y est corrélé », tient à préciser le directeur du syndicat. A noter également que la tendance à la baisse est antérieure au déclenchement de la crise et « qu’indépendamment de l’évolution des parités, les prix des bordeaux ont connu une forte inflation sur cette période, ce qui a pu renforcer les tendances à la baisse des volumes » (►voir graphique 2).


Graphique 2:  A partir de fin 2007, un « net décrochage » des exportations en volume vers le Royaume-Uni des Vqprd Bordeaux rouge. Au même moment, l’euro passe de 0,7£ à 0,9£, mais la valeur de l’euro n’explique pas à elle-seule cette chute. (© Vif)

La même comparaison a été faite avec les vins de table rouges au Royaume-Uni et le même phénomène est observé. Un décrochage des ventes au premier trimestre 2009 est également observé, mais plus tardivement que pour le bordeaux rouge (premier trimestre 2008). Celui-ci est lié à la forte hausse de l’euro début 2008 suivi trois à six mois plus tard par ce décrochage. Là encore, « il convient d’observer que les variations de parité ne font que renforcer une tendance baissière déjà installée depuis la fin de l’année 2000 », précisent les Vif. Enfin, toujours sur ce marché britannique, l’étude montre que les exportations des Côtes du Rhône, des vins de pays d’Oc, des Coteaux du Languedoc, ou encore des bordeaux blancs, ont elles aussi été fortement corrélées au taux de change euro - livre sterling.

Vers les Etats-Unis, les tendances des courbes pour les vins de table rouges sont similaires à celles observées sur le Royaume-Uni – baisse des exportations et en parallèle montée de l’euro – avec donc « une relation assez bien établie entre les deux », mais avec un point de rupture observé plus tôt : courant 2003. « Le bon coefficient de corrélation (R2=0,7) montre cependant que le taux de change n’est pas la seule variable intervenant », commentent les Vif. Les vins blancs d’Alsace, des Côtes du Rhône, blancs de table, de pays d’Oc, voient aussi leurs exportations très corrélées au taux de change euro-dollar.

Le particularisme du champagne

Le cas du Champagne est un peu différent puisque la tendance des exportations vers le Royaume-Uni a été plutôt à la hausse depuis le début des années 2000 malgré la progression du taux de change. Mais fin 2007, une « inversion très marquée » avec une « symétrie parfaite » entre l’évolution du cours de l’euro et les ventes de champagne en volume s'est produite. « C'est comme si le taux de change n’avait pas joué sur les exportations pendant une longue période, jusqu’à un certain point critique ou 'point de rupture', situé en janvier 2008, commente le directeur. Il correspond à un certain "prix seuil", au-delà duquel le marché des champagne a été cassé ».

Pour les Etats-Unis, le cas est similaire : les exportations de champagne continuent de progresser malgré la hausse de l’euro, d’où une certaine indépendance des deux éléments. Ceci étant vrai jusqu’à fin 2006, puis un point de rupture « brutal » survient, avec deux facteurs décisifs qui l'expliqueraient : « un niveau de l’euro désormais intenable par les exportateurs français » et « une évolution endogène des prix du champagne excessive par rapport aux attentes du marché ».


Les exportations de Champagne aux Etats-Unis sont dans un premier temps indépendantes de la progression de l'euro, jusqu'à un "point de rupture" en 2006 (© Vif)

Ce que les Vif ne s’expliquent pas (encore?) précisément, c’est que l’Espagne et l’Italie, pays appartenant aussi à la 'zone euro' et exportateurs de vins vers les Etats-Unis, « s’en sortent beaucoup mieux que nous ». Ils ont enregistré de fortes croissances de leurs exportations en volume tandis qu’en France la tendance était contraire. A taux de change égal, les opérateurs italiens et espagnols ont donc réussi à augmenter leur volume d’exportations.

L'une des explications avancée tiendrait aux prix pratiqués par les opérateurs: tandis qu’en France ils se sont envolés, ceux de nos voisins espagnols et italiens ont chuté. Les opérateurs italiens et espagnols auraient réussi à casser leurs prix - mais "à quel prix "? - ce qu'en France, ils n'ont pas pu, ou pas voulu, faire. Serait-ce lié à un manque de compétitivité des entreprises françaises, lié à la structuration de sa filière ? A des coûts de production supérieurs ? Aux stratégies marketing et commerciales ? Aux actions de promotion et de publicité, ou plus simplement à la qualité des produits ? Certainement un peu de tout cela... « L'effet euro » donc en cause dans la chute des exportations, oui, mais pas uniquement.

pour aller plus loin, voir article déjà paru : Exportations mondiales 2009 - « De plus en plus de vrac, de moins en moins de valeur »

A lire aussi: Euro fort et exportations - « Il faut ouvrir un débat national »

Source : Viti-net
Auteur : Juliette Cassagnes
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