Observatoire Vigne et Vin

Oenotourisme et compétitivité de la filière… - Les dernières grandes évolutions qui ont marqué le secteur viticole français (3/3)

( Publié le 08/06/2011 à 10h08 )
La Direction de l’information* organisait le 23 mars dernier une conférence débat sur le thème « La vigne et le vin : un monde en fermentation ? ». Des experts français, représentant l’Oiv, l’œnologie, la sommellerie ou encore l’oenotourisme, ont abordé les dernières grandes évolutions qui ont marqué le secteur viticole français ces dernières années. L’oenotourisme et la perte de compétitivité de la filière française en font partie.


L'oenotourisme est une « nécessité
vitale » pour les petites entreprises qui
font de la vente directe.
(© Terre-net Média)

L’oenotourisme, en plein développement, est l’un des phénomènes qui a fortement marqué le secteur viticole ces dernières années. Pour Alexandre Lazareff, secrétaire général du Conseil supérieur de l’œnotourisme (Cso), jusqu’à récemment, l’oenotourisme « n’était pas pris au sérieux ». C’était selon lui une sorte de « trou noir administratif, perdu entre le ministère du Tourisme et celui de l’Agriculture », malgré le fait que cette activité représente une « nécessité vitale » pour les petites entreprises. En effet, celles-ci cherchent plus que les autres à vendre à proximité, ayant des petits volumes à écouler, devant « vendre à marge double » et surtout, n’ayant pas beaucoup d’autres alternatives. « Aujourd’hui, si vous ne faites pas un ou deux millions de cols, vous ne pouvez pas ‘parler’ sérieusement aux cinq acheteurs de la grande distribution, vous ne pouvez pas rémunérer un directeur international pour ‘attaquer’ les marchés vraiment sensibles à l’export comme la Grande-Bretagne, les Usa, la Chine ou le Japon ! », déplore Alexandre Lazareff.

Une opportunité en terme de débouché rémunérateur

L’oenotourisme représente donc pour ces petites structures une opportunité en terme de débouché rémunérateur: « Si vous voyiez le ticket moyen d’achat à la cave, c’est stupéfiant ! On ne parle pas de 10 € mais d’un ticket plus proche de 100 €, témoigne le secrétaire général du Cso…Mais le temps passé par le vigneron est aussi hallucinant, pour essayer de séduire le client… C’est un métier ! ». Mais pour pérenniser ce développement, l’oenotourisme a dû – et doit encore - se professionnaliser et se structurer. Le Cso, créé en mars 2009 et chargé de favoriser le développement du tourisme autour du thème du vin, ainsi que le label « Vignobles et découverte » (voir encadré), sont des exemples de réalisations des pouvoirs publics pour aller dans ce sens.

Les experts présents se sont également penchés sur la compétitivité de la filière viticole française. Au sujet des « grandes marques françaises » de vins et des pertes de parts de marché de la France sur certains pays, Yves Bénard, président de l’Organisation internationale de la vigne et du vin, évoque « l’insuffisance probable de grandes marques françaises capables de les pénétrer avec des volumes suffisants ». Un handicap donc, directement lié à la taille, encore insuffisante, des entreprises et qui placerait la France en situation de « faiblesse » par rapport à des pays comme la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Chili ou la Californie. Les réseaux de distribution serait également un autre « point clé » possible pour regagner des parts de marchés et redynamiser l’offre française, car « probablement pas assez puissants aujourd’hui en France », selon Yves Bénard.

« Même en se concentrant, les entreprises françaises ont un rapport de 1 à 10, voire 20, avec les plus grosses entreprises du Nouveau monde »

Pour Hervé Hannin, directeur de l'Institut des hautes études de la vigne et du vin, le manque de compétitivité s’expliquerait aussi par la structuration de la filière viticole française. Celle-ci étant basée – et c’était encore plus vrai il y a quinze ans - sur un modèle économique « totalement en décalage » avec celui qu’a imposé les pays du ‘Nouveau monde’ lorsqu’ils se sont mis à exporter. Dans ces pays en effet, à l’instar de l’Australie où trois groupes viticoles représentent 70 % de la production, le modèle économique est caractérisé par une hyper-concentration et la financiarisation des structures, avec un appel à des financeurs extérieurs. En France, et plus largement dans les pays producteurs « traditionnels », le secteur viticole associe plusieurs types de structures de différentes tailles et basés sur des modèles économiques avec des niveaux de compétitivités « plus ou moins avérés », à l’image de nombreuses exploitations « qui ne font pas faillite sans pour autant dégager beaucoup de bénéfices, car basées sur un modèle paysan et souvent coopératif », analyse Hervé Hannin. Autres différences marquantes avec les autres pays : la viticulture française est caractérisée par une « différenciation par appellation » et a également une fonction « d’aménagement du territoire ». « Quand ils se sont mis à exporter sur ce nouveau modèle, on était donc complètement disqualifiés ! poursuit l’expert ; même en se concentrant, les entreprises françaises ont un rapport de 1 à 10, voire 20, avec les plus grosses entreprises du Nouveau monde ». Car depuis 15 ans, ce mouvement de concentration a bien été entamé en France, mais il reste sans commune mesure en comparaison de celui de ses concurrents.

La crise viticole que connaît Australie depuis trois ans est cependant en train de changer la donne, avec une remise en question profonde de ce modèle à l’autralienne. Pour Hervé Hannin, « On serait aujourd’hui à la croisée des chemins, avec en même temps ce mouvement de financiarisation et d’hyper-concentration qui continue, et un mouvement de repli ; l’Australie a un peu freiné son modèle ; les investisseurs extérieurs à la filière sont plus frileux ou partent, parce qu’il y a difficulté de rentabilisation, sécheresse, laissant en plan les vignerons, car d’autres investissements sont désormais plus rentables ». Sans doute reste-t-il donc un « autre modèle à inventer ?», s’interroge l’expert… « Un modèle qui intègrerait l’oenotourisme, peut-être également un renouveau de la coopération viticole, un peu en fin de vie, avec des statuts et des modes d’économie renouvelés. Aujourd’hui, je pense qu’il y a de la place pour plusieurs modèles d’économies », suggère Hervé Hannin. Olivier Geffroy, ingénieur à l’Ifv, mentionne dans son rapport de voyage en Australie datant de février 2011 que les organisations viticoles australiennes ont présenté un plan stratégique à l’horizon 2025, issu d’une réflexion d’une année entre tous les professionnels du vin du pays. « Confrontés à une surproduction et à une baisse des cours, les professionnels ont décidé d’améliorer l’image et la valorisation de leurs vins, rapporte celui-ci. Rentabilité, croissance des ventes en valeur, segmentation : telles étaient les principales notions de la stratégie de ce nouveau marketing axé sur les vins régionaux et les vins fins ».  

Point de vue…Point de vue… Point de vue…

Oenotourisme - « La route des vins est une bêtise »

Le Conseil supérieur de l’œnotourisme a créé un label « Vignobles et découvertes » afin de développer l’oenotourisme en France. Lors de la présentation du projet aux ministères du Tourisme et de l’Agriculture il y a deux ans, Alexandre Lazareff, secrétaire général du Cso (Conseil supérieur de l’oenotourisme), met en avant comme argument pour vendre son projet que le concept de « route des vins » n’est pas adapté pour assurer à la filière un bon développement de l’oenotourisme. Il faut donc associer les visites de caves au patrimoine pour faire venir les touristes. C’est le concept prévu par le label « Vignobles et découvertes ».

« Lors de la présentation de notre projet, nous (ndlr : Paul Dubrule et le Cso) sommes arrivés avec deux mots clé : la « mise en réseau » et le « patrimoine ». Concernant la « mise en réseau » : dans l’univers du vin, un mot excitait les gens : le mot « route des vins » ; la route des vins est simplement une bêtise. Même moi, et Dieu sait si je suis consommateur de vin, je ne peux pas faire plus de deux vignerons par jour ! Au-delà, il faut convaincre sa femme, on ne sait pas quoi faire des enfants, et une fois que l’on a passé une heure chez un vigneron, on ne va pas recommencer la même chose chez le suivant ! Donc il faut remplacer le mot « route des vins » par « destination produit touristique », avec : un peu de visite de cave, beaucoup d’hébergement, de la restauration et du patrimoine, le deuxième mot clé ».
Concernant le patrimoine, Paul Dubrule explique que l’on ne va pas en Alsace ou dans la Loire pour la Route des vins mais pour faire un séjour et découvrir la France. Si on ne met pas en relation le vignoble avec le patrimoine – le Château de Chambord par exemple- on n’arrivera pas à faire venir les touristes !

Nous avons donc essayé de créer des destinations touristiques appelés « labels vignobles et découvertes » ; le projet est lumineusement simple : identifier 10 destinations dans la Loire, 10 en Bourgogne, 15 à Bordeaux, 7 ou 8 dans le Rhône, qui portent des noms simples, qui soient fortes, mais avec uniquement des acteurs puissants…En résumé, des produits simples et forts qui permettent aux régions de vendre leurs destinations, qui permettent à la France de vendre sa France du vin.

Source : Terre-net Média
Auteur : Juliette Cassagnes
N.B : *Direction de l’information : La Direction de l’information légale et administrative regroupe depuis janvier 2010 en une seule entité la direction de la Documentation française et la direction des Journaux officiels. Service du Premier ministre rattaché au Secrétariat général du gouvernement, la Dila a pour mission « de favoriser l’accès des citoyens à la vie publique et au débat public, par l’édition et la diffusion de publications et par la mise à disposition d’informations en ligne ».
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