Où est-on aujourd’hui sur les maladies du bois ? Suite à l’interdiction de l’arsénite de soude en 2001, un observatoire des maladies du bois a été créé en 2003 pour une durée initiale de trois ans. Aujourd’hui, l’observatoire a rendu son premier bilan, mais les chercheurs qui y ont participé se montrent très prudents. Le document indique qu’à ce stade il “est impossible de conclure avec certitude sur une augmentation des maladies du bois au cours des trois années d’observation”. L’observatoire a été reconduit pour une nouvelle durée de trois ans.
Son premier bilan, réalisé à partir de plus de 600 parcelles suivies, indique “une stabilité de l’eutypiose en nombre de ceps expressifs et une augmentation de la proportion de ceps atteints par l’esca ou le BDA (black dead arm) entre 2003 et 2004 et une stabilisation entre 2004 et 2005. En revanche, cette augmentation ne s’est pas traduite jusqu’à présent par une augmentation de la mortalité des plants”. L’observatoire a constaté des différences importantes entre les cépages, les régions et même les parcelles.
Pour l’eutypiose, l’observatoire note que l’ugni blanc de Cognac est incontestablement le cépage le plus sensible. Le chenin en Val de Loire, le sauvignon dans le Centre et le cabernet sauvignon dans le Sud-Est présentent également des taux significatifs de ceps qui ont développé les symptômes.
Pour l’esca et le BDA, “l’ensemble des cépages est touché” indique l’étude, avec une prépondérance pour le trousseau et le savagnin dans le Jura, le sauvignon dans le Centre et le Bordelais et le gewurztraminer en Alsace. L’Observatoire souligne la grande variété dans l’expression des symptômes sur un même cépage selon les régions (chardonnay, 0,6% de ceps expressifs en 2005 en Côte d’Or, 4,7% dans l’Yonne ; cabernet-sauvignon, 13,5% de ceps expressifs en 2005 dans le Sud-Est, 1,8% dans le Bordelais). Cette variabilité pour un cépage donné se retrouve même au sein des vignobles, “où des parcelles saines peuvent côtoyer des parcelles très attaquées”. D’après l’étude, 93% des 569 parcelles étudiées ont exprimé des symptômes des deux maladies au moins une des trois années (2003, 2004, 2005) mais 63% montrent une évolution irrégulière. “L’augmentation de l’esca et du BDA observée globalement entre 2003 et 2005 est donc à nuancer à l’échelle de la parcelle” précise le document.
Les chercheurs ayant participé aux travaux de l’observatoire estiment autour de 5 % le nombre de ceps improductifs (manquants, morts et jeunes complants).
Comment expliquer les différences dans les niveaux d’expression des maladies entre les cépages, les régions et même les parcelles ? Une étude statistique a été engagée pour dégager d’éventuels facteurs. Plusieurs variables explicatives peuvent être avancées à partir de données recueillies par enquête auprès des viticulteurs des parcelles suivies: sensibilité du cépage, porte-greffe, vigueur de la vigne, densité de plantation, prétaillage, dates et type de taille ou traitement à l’arsénite de soude en 1999, 2000 et 2001. “Nous avons constaté une relation entre le nombre d’applications d’arsénite de soude et l’intensification de l’expression des symptômes en 2003 et 2004. Mais globalement entre 2003 et 2006, ces traitements pourraient avoir permis de freiner les symptômes”, explique Jacques Grosman, expert vigne à la direction de la Protection des végétaux au ministère de l’Agriculture.
L’âge de la parcelle aurait un impact important sur le développement de l’esca et du BDA. On a observé une augmentation des symptômes chez des vignes entre 0 et 18 ans et une baisse entre 16 et 40 ans. L’expression maximale semble être entre 12 et 18 ans. L’observatoire formule plusieurs hypothèses comme la modification de pratiques culturales il y a une vingtaine d’années. “Il y eu notamment le passage de la sélection massale à la sélection clonale et un fort renouvellement des vignobles, avec un agrandissement des domaines et un travail à la vigne différent”, souligne Jacques Grosman.
Le document bilan de l’observatoire avance deux autres hypothèses, liées celle-ci à la climatologie. Les différences de niveaux d’expression de l’esca/BDA et de l’eutypiose pourraient être expliquées par les “caractéristiques climatiques particulières de 2003” . La canicule aurait rendu les ceps moins expressifs et “dans ce cas, les années 2004 et 2005 pourraient être des années d’expression ‘normales’”. Le climat de l’année pourrait avoir un rôle dans le développement des symptômes. Mais ce ne sont là encore que des suppositions.


